Révéler un ancien canal urbanisé : ateliers participatifs, Unlimited Cities Wenshan Oasis

En 2018 nous avons collaboré avec la ville de Taipei et l’agence Classic Design dans le cadre de la démarche collaborative « Wenshan Oasis ». L’arrondissement de Wenshan recèle d’anciens canaux d’irrigations qui ont été recouverts progressivement par l’urbanisation. Afin de réduire la température en ville et de faciliter l’écoulement des eaux, la ville tente d’impliquer les habitants dans les processus de renouvellement urbain. Nous avons été invités à mettre en oeuvre des ateliers d’urbanise collaboratif utilisant les outils numériques d’Unlimited Cities.

 

Extrait du compte rendu des ateliers Unilimited Cities Wenshan Oasis

Le gouvernement de la ville de Taipei mène depuis plusieurs années des projets pour transformer des espaces vacants en lieux communautaires et durables par l’implication et la coopération des résidents. Dans le même temps, le gouvernement de la ville tente de travailler avec les habitants pour formuler des lignes directrices pour améliorer la qualité paysagère et architecturale de différents espaces publics situés dans des zones résidentielles très denses.

Le district de Wenshan se trouve dans le sud de Taipei. Il est entouré par plusieurs petites collines. Cette spécificité géographique lui confère une forte qualité environnementale mais implique un fort taux d’humidité et des risques d’inondation. Plusieurs études de terrain furent menées pour réduire ce problème. Il fut découvert la présence de 4 anciens canaux d’irrigations parcourant le district. Cependant, au fur et à mesure du développement urbain, ces derniers furent progressivement recouverts. Ceci a induit des problématiques environnementales et une réduction du potentiel d’adaptabilité à d’éventuels changements climatiques. Cela a aussi conduit  à créer de nombreuses petites allées zigzaguant entre les nouveaux bâtiments.

Le concept de Wenshan Oasis est de reconvertir ces espaces abandonnés en potentiels bioswales ou rains gardens (que nous pourrions traduire par noues et bassins de rétentions paysagers). L’idée simple est d’augmenter la part des terrains perméables. Ces espaces pourraient réduire le ruissellement des eaux et les probabilités d’inondation. De plus, le projet cherche à transformer ces délaissés en espaces communautaires partagés pouvant inciter à des activités communautaires impliquant les habitants. Le Projet de Wenshan Oasis vise donc à créer des espaces communautaires à dimension écologique, résilients et participants à la vitalité locale.

Unlimited Cities est une démarche d’urbanisme collaboratif dont l’un des objectifs principal est de permettre aux habitants de contribuer aux processus de mutation des villes par l’utilisation d’outils numériques open source.  Le dispositif fut déployé lors d’un journée festive et sportive, en tant que nouvelle action de la démarche Wenshan Oasis. L’application avait pour but de faciliter les échanges entre professionnels et habitants.

L’étude téléchargeable dans les liens retrace la démarche dans son ensemble. Notons que la participation fut très importante et que le nombre de réalisations par des habitants dépassa les 300 mixs (réalisations). Ceci nous a permis d’analyser les données à la fois statistiques et sensibles qui furent récoltées lors de l’événement. Nous avons par la suite pu proposer des schémas simples sur le design des espaces publics.

 

>>>>> Lien vers l’étude (en) <<<<<

>>>>> Lien vers l’étude (中文) <<<<<

 

 

Unlimited cities, un outil numérique pour favoriser l’intelligence collective

grenoble_mix

Extrait de notre article du 18 janvier 2019 

« Unlimited cities est une démarche d’urbanisme collaboratif dont l’un des objectifs principal est de permettre à n’importe qui de contribuer aux processus de mutation des villes. La démarche est relativement simple à comprendre. Une application web à ouvrir idéalement sur tablette permet aux utilisateurs d’esquisser le futur de lieux à n’importe quelle échelle : rue, place, quartier, etc. A partir d’une photo, il suffit de faire glisser différents éléments et textures présents dans la base de données de l’application et de les ajuster au besoin. L’utilisateur réalise ainsi des mixs qui seront publiés en accès libre sur internet. Il peut ensuite laisser un court message pour insister ou non sur ce qui lui semble essentiel. »

Wenshan Oasis, impliquer les habitants dans le renouvellement urbain de leur quartier

1

Avec des températures qui peuvent dépasser les 40 degrés l’été et d’impressionnants typhons, le gouvernement de la ville de Taipei cherche plusieurs moyens de rendre les espaces urbains plus en adéquation avec leurs caractéristiques climatiques et géographiques. Des études ont révélé des canaux recouverts quasi ou partiellement dans l’arrondissement de Wenshan, dans le rond blanc au sud de la carte.

2

Cette photo illustre l’un des 5 sites sur lequel nous avons discuté avec les habitants d’éventuelles évolutions. A première vue, rien n’indique qu’un canal passe sous la rue et c’est pourtant bien le cas. Dans le quartier, le canal apparaît de rares fois, et son eau et ses abords ne sont pas d’excellente qualité. Les discussions sont aussi l’occasion de récupérer les craintes des habitants liés aux canaux.

3

En amont des ateliers, il nous a fallu nous intégrer à une démarche de concertation lancée depuis plusieurs années. Il nous a fallu comprendre et rencontrer les différents partenaires et relais locaux. Nous avons aussi formé des étudiants à l’usage et à la médiation avec les participants pour le jour des ateliers. Leur rôle est primordial : ils doivent accompagner les participants pour utiliser l’application mais surtout pour discuter et recentrer les échanges sur le renouvellement urbain et du canal. Ce sont eux qui devront ouvrir les débats, mener les échanges et prendre des notes sur le ressenti général des participants.

4

La définition de la banque de données d’images inclues dans l’application nécessite un long travail à réaliser an amont. La sélection doit être complète mais précise. Elle doit aussi être honnête et laisser une liberté de choix. Elle doit aussi être adaptée au contexte local. Par exemple, un stand de night market Taiwanais a du sens à Taipei, mais n’en aurait pas forcément en dehors du pays.

 

5

La journée des ateliers ne s’est pas résumée à une journée de concertation sur la ville et le quartier. Organisée un dimanche ensoleillé, les participants étaient conviés à une journée sportive et créative. 5 stands ont été installés sur 5 points du canal. Les participants devaient se rendre aux 5 points et devaient participer à différents ateliers. Les activités mêlaient discussions sur l’avenir du quartier mais aussi réalisations créatives : confection de bracelets, oeuvre d’art participative, etc.

6

Durant la journée, nous passions d’un site à l’autre pour nous assurer du bon usage de l’application et tenter de résoudre les moindres problèmes. Ce fut aussi pour nous de simplement mieux connaitre le quartier et ceux qui y vivent.

7

Des expositions simples sur le développement du quartier ont été installées à différents site de l’événement.

8

Parmi les différents ateliers Unlimited Cities que nous avons mené, ce fût de loin le plus réussi et le plus abouti. Plusieurs raisons peuvent être mises en avant. Tout d’abord, nous nous sommes greffés à une démarche inscrite dans un temps long. Les équipes du gouvernement et de l’agence Classic Design se connaissent bien ainsi que le quartier et ses habitants. De plus, nous avions bien préparé ces ateliers et la présence d’étudiants bien qu’un peu perdus au début à été un atout très important. Enfin, l’ambiance était convivial et accueillante. De notre point de vue, l’urbanisme ne peut se faire sans dialogue. Et les conditions d’un dialogue ouvert et détendu nécessite des conditions précises et une atmosphère bienveillante. Disons simplement qu’on s’ennuie souvent dans des réunions de concertation ou qu’on aborde les sujets urbains de manière beaucoup trop austère.

9

Chaque détail a son importance et l’agence Classic Design sait y faire pour rendre simplement des espaces accueillants. Le discours (storry telling) et l’atmosphère doivent inciter naturellement et donner envie pour espérer attirer des participants. Personne n’a vraiment envie de passer son dimanche à discuter de sujets ennuyeux dans une salle froide.

10

Durant la journée, différents partenaires ou amis étaient invités à installer différents stands. En misant sur des relations et des professionnels d’autres activités qui n’ont pas forcément à voir avec l’architecture ou l’urbanisme, on diversifie les activités.

11

Cela n’empêche pourtant pas de rentrer dans le vif du sujet. Ici et là des maquettes servent de support d’échanges et discussions sur des points bien précis.

12

Les photos aériennes, cartes ou plans sont aussi de la partie.

13

Ce jour là, des militants politiques ont décidé d’organiser une activité non loin. Opposants politiques pour certains, cela n’a pas empêché de partager une bonne dégustation de vin.

14

Autre chose importante, les ateliers sur le site permettent de visualiser en direct les possibles aménagements. Les participants se projettent ainsi plus facilement. S’ils oublient parfois d’utiliser l’application, il est plus intéressant d’avoir des points de vue et avis.

15

Des familles présentes le jour de l’événement se sont aussi essayé ensemble au design d’espace. Les différentes générations échangent ainsi leurs points de vue et attentes parfois bien différents. Ce fut l’occasion de constater si on espère les mêmes choses d’une rue à 12 ou 52 ans.

17

Certains participants surprennent par la minutie avec laquelle ils souhaitent réaliser leur mix. Si certaines personnes ne sont pas très amusées d’autres au contraire peuvent passer de longues minutes à réaliser un design qui leur correspond au mieux.

18

Entre les stands, des visites guidées et historiques étaient aussi assurées par différents partenaires.

19

Les participants devaient aussi répondre à des questions sur leur âge, profession, etc. via des systèmes de gommettes ou des post-it.

22

Durant la journée, les participants ont dû envisager le devenir de plusieurs sites. Ici le premier site qui était aussi le départ des activités via une librairie associative à proximité. Sous la route on a du mal à imaginer le canal.

23

Les créations sont parfois simples, avec un ou deux éléments ou au contraire très détaillées. Nous avons collectés en une journée près de 300 réalisations soit environ 60 par site. C’est de très loin le nombre le plus important et intéressant que nous ayons obtenu. Il nous a permis d’envisager une analyse un peu plus poussée.

24

Nous avons scindé l’analyse en 3 parties : statistique, graphique et sensible. Pour l’analyse graphique nous avons décidé de décomposer l’image en simplifiant les éléments de la photo.

25

Cette simplification nous permet de décomposer la photo en grandes parties.

26

Ce travail nous permet d’étudier précisément quels types d’élements ont été insérés et où. C’est une manière d’illustrer une première tendance entre participants.

29

En quelques mots, nous pouvons synthétiser la tendance générale qui ressort des réalisations.

28

Nous étudions aussi la tendance d’usage des différents éléments par site en fonction des catégories auxquels ils appartiennent. Cela permet d’illustrer rapidement quels sont les usages et éléments plébiscités par les participants.

27

Nous pouvons aussi observer quelle grande catégorie est la plus demandée. Ici dans l’exemple, la demande de végétation ou d’éléments naturels prédominent. Suit ensuite les demandes liées à la mobilité.

30

Sur chaque réalisation, les participants laissent un message. Nous avons croisé ces messages avec les échanges récoltés durant la journée pour tirer des tendances et mots clefs généraux.

31

Le croisement de ces analyses et données nous sert à parfois réaliser des croquis volontairement simplifiés au maximum. Si les points de vue sont trop divergents, nous n’avons pas pu clairement établir des exemples de dessin d’espace public ou définir de nouveaux usages. Pour d’autres, il semblait que les demandes allaient beaucoup plus dans la même direction.

Ces ateliers et la gestion de cette démarche fut pour nous une expérience très enrichissante. Elle confirme ce en quoi nous croyons. L’urbanisme collaboratif peut se faire dans des conditions agréables, conviviales et en trouvant une place à chacun. Dans le cas présent, les participants ont pu exprimer leur avis. Les associations et autres personnes investies ont été des relais importants de la journée et des échanges. L’agence Classic Design a su réunir des équipes complémentaires. Et nous avons conservé notre rôle de professionnel dans le suivi, la gestion et l’analyse de la démarche. Il ne reste plus qu’au gouvernement, avec les professionnels qui le conseillent, de continuer à soutenir cette démarche, engager les changements et à soutenir un urbanisme collaboratif.

 

Pour aller plus loin 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s